RESTRUCTURATION D’ENTREPRISE : Un Outil Stratégique De Management

L’objectif de cet article est de présenter la restructuration qui, en plus d’être une technique de gestion efficace des défaillances, est un outil qui permet à toute entreprise de les prévenir. Elle peut être financière et/ou opérationnelle. Afin de bénéficier pleinement de ses effets, l’entreprise devrait faire appel à une banque conseil.

Contenu de l’article

Malgré un recul de l’ordre de 12% de son Indice Global des Défaillances, le cabinet Euler Hermès a enregistré plus de 200 000 défaillances d’entreprises pour la seule année de 2014 dans le monde. Ce grand nombre est portée principalement par les défaillances en France qui sur cette lancée s’établissent déjà à 18 000 pour le premier trimestre de 2015.L’Indice Global des Défaillances mesure l’évolution des faillites dans le monde. Cependant, cet indice sous-estime l’ampleur réelle du phénomène car les données utilisées pour son calcul ne concernent que les statistiques de 43 pays (dont 2 pays africains : le Maroc et l’Afrique du Sud) sur les 189 qui font l’objet du classement Doing Business de la Banque Mondiale, les statistiques sur les autres pays n’étant pas régulièrement (voire jamais) produites.Vu que les pays africains, notamment ceux d’Afrique subsaharienne, sont parmi les mal classés aux différents classements sur l’environnement des affaires avec une insuffisance des procédures légales de gestion des faillites, l’on pourrait penser que les statistiques en la matière pour les entreprises du continent seraient pires. En effet, les rares informations disponibles nous dressent un tableau alarmant. Un Recensement Général des Entreprises (RGE) effectué en 2010 au Cameroun indique que 69% des entreprises ont été déclarées en faillite. En d’autres termes plus de 2 entreprises sur 3 se retrouvent en situation de défaillance. De plus, un rapport de l’O.I.T (1992) indique que jusqu’à 70% des entreprises qui se créent en Afrique subsaharienne succombent trois ans seulement après leur création.Le but de cet article est de présenter un outil de gestion d’entreprise capable de permettre aux dirigeants de mieux conduire leurs sociétés pendant les situations de défaillance. Et mieux, utiliser en situation de relative stabilité financière dans l’entreprise, il pourrait permettre à l’entreprise de prévenir une situation de défaillance : il s’agit de la restructuration d’entreprise.

Qu’appelle t’on « restructuration d’entreprise » ?

La restructuration est une technique qui consiste à renforcer la structure financière d’une entreprise afin de permettre à cette dernière de pouvoir non seulement maîtriser cette structure, mais aussi (et surtout !) faire face de manière permanente à son passif exigible. Elle peut être financière et/ou opérationnelle.Dans le cas de la restructuration financière, il s’agit pour l’entreprise est de rétablir son équilibre financier (Versus Bank en Côte d’Ivoire en 2009). Ainsi, le banquier d’affaires après un diagnostic de la situation de l’entreprise peut intervenir aussi bien sur le haut du bilan (via des opérations de défaisance, de cantonnement, ou de titrisation etc) que sur le bas du bilan (Réduction des délais clients, allongement des délais fournisseurs, affacturage, etc. Son but est de gérer l’endettement de l’entreprise afin de garantir un montant suffisant de l’actif disponible permettant de couvrir le passif exigible, et cela de manière permanente.

D’une manière générale, son souci sera de s’assurer que l’activité de l’entreprise puisse être créatrice de valeur dans le temps afin de non seulement couvrir le passif de l’entreprise mais aussi de rendre possible la rémunération de ses apporteurs de capitaux. Lorsqu’elle est opérationnelle, la restructuration permet d’identifier et de stopper les activités de l’entreprise qui sont sources de sous performance ou de revoir sa structure organisationnelle afin d’être plus efficace (Google devenu Alphabet en 2015). Ce qui lui permet de se focaliser ou de se recentrer sur des branches ou secteurs d’activité rentables. Ainsi, le professionnel devra d’abord segmenter l’activité de l’entreprise selon les branches sur lesquelles elle se positionne, puis analyser leur performance individuelle et enfin voir comment elles interagissent les unes sur les autres. L’enjeu est de détecter les sources de destructions de valeur et de s’assurer que certaines activités n’interagissent pas négativement sur la performance des autres. L’on pourra éventuellement procéder à des scissions, des externalisations de certaines fonctions de l’entreprise, des délocalisations, ou des fusions & acquisitions etc.)

En outre, la restructuration peut être à la fois financière et opérationnelle. Dans ce cas, le financier devra gérer conjointement les équilibres financiers et organisationnels de l’entreprise. La restructuration apparaît, donc, comme un instrument de gestion de l’entreprise durant toute sa durée de vie et lui permettrait de se doter des moyens d’être solvable à court, moyen et long terme. Ainsi l’entreprise serait suffisamment armée pour affronter au mieux les périodes de défaillance et même pour éviter de s’y retrouver.

Quand restructurer son entreprise ?

Dans un contexte difficile (ou non !), l’entreprise peut, de manière récurrente, afficher une performance économique et financière médiocre. L’entreprise est donc entrée dans une phase de défaillance. Le processus de défaillance peut déboucher sur la faillite juridique ou légale de l’entreprise. Cependant, le mode de sortie hors de ce processus n’est pas uniquement constitué par la faillite juridique de l’entreprise, mais peut aussi se matérialiser par une reprise, par une scission, par une fusion, par une absorption ou par toutes autres opérations conduisant à l’abandon du statut juridique initial de l’entreprise concernée. Afin d’augmenter ses chances de survie, l’entreprise pourra recourir à une banque conseil afin que cette dernière mette en place un plan de restructuration. L’une des premières phases qui nécessite une mission de restructuration au sein d’une entreprise est celle de sa défaillance.

Une telle mission est qualifiée de mission d’urgences. Toutefois, il est judicieux de préciser que même si les PME semblent les plus touchées par ce phénomène de défaillance, les grands groupes ne sont pas en reste. Ainsi, en France par exemple, la Banque de France a enregistré une progression de 3,3 % du nombre de défaillance en 2013 avec une progression de ce nombre chez les entreprises de toutes les tailles. Sur l’ensemble des PME, le nombre de défaillances est en hausse de 3,0 % sur douze mois, principalement du fait des microentreprises (+ 3,2%). Pour l’ensemble des grandes entreprises, la hausse des défaillances atteint 2,9 %. Ces chiffres montrent une progression quasiment du même ordre de la défaillance aussi bien chez les PME que chez les grandes entreprises. Ils mettent en exergue que le risque de défaillance est aussi grand chez les petites entreprises que chez les grandes. La défaillance n’est donc pas l’apanage des PME. De plus, les grands groupes en Afrique n’en sont pas exempts. Malgré l’absence de statistiques officielles, il n’en demeure pas moins que plusieurs grandes entreprises africaines se sont retrouvées en situation de défaillance ces dernières années. Le 10 août 2014, l’African Bank Investments Limited (ABIL), cinquième banque d’Afrique du Sud, a été placée sous la tutelle de la banque centrale. La direction a reconnu des pertes record de 529 millions d’euros et un déficit de fonds propres de 600 millions. En Côte d’Ivoire, certaines sociétés cotées ont aussi connu des défaillances au cours de leur histoire. C’est le cas de Sageco qui a connu un retrait de la cote en 2009 et de la Trituraf suite à des difficultés financières. En ce qui concerne les entreprises non cotées à la BRVM, le 2 avril 2015 les opérateurs de télécommunications Comium, Café Mobile et GreenN ont été mis en demeure par l’autorité de régulation du secteur car ils devaient au Trésor public ivoirien un total de 91 106 183 565 FCFA à titre de taxes et licences. Des entreprises, à l’instar d’Air Ivoire, ont dû cesser leurs activités pour raison d’endettement massif. Cependant, la restructuration peut intervenir avant l’entrée de l’entreprise dans une phase de défaillance. Dans ce cas, elle permet de prévenir une situation de défaillance qui pourrait être engendrée par des modifications de l’environnement économiques de l’entreprise, l’amorce d’une stratégie d’expansion, ou tout autre élément pouvant impacter négativement la performance de l’entreprise. Il s’agit dans ce cas d’une mission d’assistance.

La restructuration d’entreprise, pour une meilleure gestion des périodes de défaillance.

En phase de défaillance, le chef d’entreprise peut se voir contraint de réduire ses coûts. . Dans cette optique, une suppression d’emplois peut survenir. Cependant, la suppression d’emplois n’est pas la seule voie pour réduire ses coûts. Le licenciement représente certes la partie visible de la restructuration mais seulement une infirme partie de celle-ci. A titre d’exemple en Belgique durant le premier semestre de cette année, 61 entreprises5 ont annoncé le début d’une procédure de licenciement collectif alors que plus de 60006 sont entrées en situation de défaillance.Ainsi, restructurer son entreprise en période de déséquilibre financier, c’est faire bien plus que licencier. Mieux, elle peut se faire sans qu’il y ait besoin de recourir au licenciement économique. Ainsi, en Côte d’Ivoire, dans le cas de la SOTRA en 2015, il s’est agi essentiellement de renégocier la relation de créances et de dettes entre l’Etat (Actionnaire majoritaire) et la SOTRA afin de dégager une ligne de financement pour accroître les actifs de l’entreprise dans l’optique d’augmenter son offre et donc de faire progresser son chiffres d’affaire. Par ailleurs, le prix des services offerts par la SOTRA a été augmenté même si l’augmentation a été entièrement supportée par l’Etat. L’enjeu ici était de faire croître le chiffre d’affaire plus vite que les coûts d’exploitation, afin de rétablir puis accroître la rentabilité du groupe.En ce qui concerne Air Côte d’Ivoire en 2012, le principe utilisée est le même que pour le groupe General Motors.

D’abord, on met en faillite la société à restructurer, l’objectif étant de réduire le passif (voire de l’annuler) ensuite on procède la constitution de la nouvelle société avec un capital plus élevé et enfin on repart sur de nouvelles bases avec un acteur de confiance à la manœuvre (l’Etat et Air France). La restructuration a permis à ces deux groupes de sortir d’une situation de défaillance pour redémarrer leurs activités en vue de financer leurs expansions.

La restructuration d’entreprise, pour prévenir la défaillance de son entreprise

Comme nous l’avons mentionné précédemment, l’on n’est pas obligé d’attendre que son entreprise soit en crise pour recourir à la restructuration. En effet, elle peut intervenir (et elle doit intervenir !) en dehors de la crise pour soit anticiper et éviter la défaillance, soit renforcer l’équilibre financier de l’entreprise avant que celle-ci entre en phase d’expansion. A titre d’illustration, nous analyserons le cas Kaufman & Board (restructuration comme moyen d’anticiper l’insolvabilité de l’entreprise), et ceux de Google (réorganisation stratégique) et du groupe NSIA (restructuration en phase d’expansion). La restructuration est un outil qui permet d’éviter de se retrouver dans une situation de défaillance (même si cela n’est pas toujours su !). Ainsi après avoir annoncé une baisse de 71,3 % de son résultat net (8,2 millions Euro) en 2008, le groupe Kaufman & Board (société immobilière française) a anticipé sa défaillance probable en adoptant un plan de restructuration axé sur trois principaux axes.

Le premier était la réduction des coûts fixes avec un plan social qui a touché plus de 150 salariés entre 2008 et 2010.

Le deuxième était l’augmentation des fonds propres avec l’entrée d’un nouvel actionnaire et la non distribution de dividendes jusqu’en 2011 (Ce qui permettra de réduire le ratio d’endettement qui était de 3 fois les fonds propres).

Et troisièmement, il y a eu l’obtention d’une ligne de crédit et la renégociation des échéances de remboursement des emprunts précédents qui permettrait d’une part d’alléger le passif de l’entreprise et d’autre part de le financer. Au terme de la restructuration, le groupe a réalisé un résultat de 57,49 millions en 2011 (plus de 7 fois celui de 2008). Le cas Kaufman & Board confirme la nécessité de recourir à la restructuration avant de se retrouver en situation de défaillance mais surtout la relative performance d’un tel plan de restructuration à celui qu’on engage lors d’une mission d’urgence. Restructurer c’est aussi mieux s’organiser pour être plus performant : Google devenu Alphabet en 2015. En effet en créant la holding Alphabet qui détient les actions de Google et en cédant les activités de Google qui s’écartent de son cœur de métier (moteur de recherche et publicités) à Alphabet, l’objectif des actionnaires du groupe est de séparer les divisions de Google afin de les focaliser sur des secteurs précis dans un souci d’être plus performant. Cela répond à l’adage selon lequel « plus on est spécialisé dans un domaine, plus on y est performant ». De plus, une telle organisation rend effectif le transfert des risques d’une activité de l’ensemble des branches vers la branche qui y intervient.

Enfin, l’exemple du Groupe NSIA met en évidence la nécessité de se restructurer avant et pendant la phase d’expansion de son entreprise. C’est pourquoi le groupe a connu (et continu de connaître) de fréquentes modifications de la structure de son capital. Ces opérations ont pour but non seulement de financer son expansion mais aussi de doter le groupe de suffisamment de fonds propres afin de lui garantir une certaine résilience en cas d’aléas économique.

Que retenir ?

Au terme de l’article, nous pouvons dire que la pérennité des entreprises est un enjeu majeur pour les entrepreneurs et les chefs d’entreprises. La restructuration s’avère être un outil de gestion stratégique de l’entreprise que les dirigeants devraient s’approprier. Ainsi, ils augmenteraient leurs chances de survie face aux nombreux défis qui s’imposent à eux. Dans cette optique, ceux-ci devraient consulter de plus en plus et de manière régulière les banques conseil. En outre, en plus de ses effets sur la santé financière des entreprises, la restructuration pourrait être bénéfique à ses dernières sous d’autres aspects, notamment en Afrique. En effet, dans ce climat de manque de confiance générale des banques quant à la qualité des managers africains, accroître la pérennité des entreprises pourrait faire évoluer leur avis sur la compétence de ces derniers. Et peut-être, les entrepreneurs d’aujourd’hui permettront à ceux de demain d’obtenir plus facilement la confiance des banques dans leurs projets.

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